Reprendre le geste là où il s'est arrêté, et le poursuivre. Du 16 au 19 septembre, Ardi dévoile sa première exposition publique à la Galerie Anne-Julien, rue de Seine, à Paris.

Vitrine de l'exposition Refonte au 14 rue de Seine.
Les moules d'origine dorment à l'atelier, muets. Les recouler aujourd'hui, leur redonner forme, c'est affirmer, au-delà d'un exercice de mémoire, que l'expression et le geste restent justes, quelle que soit l'époque qui les contemple. Refonte, nom de cette première exposition, présente cinq pièces inspirantes nées de ces moules : Colin et L'Assommoir de Ronan Bouroullec, Jojo et La Tour Prend Garde de Kristian Gavoille, Bron-Ir-Or d'Éric Jourdan. Nous y avons ajouté une sixième, dépourvue de moule, mais dont la puissance sculpturale exprime en tout point cette renaissance. Le Cri, chandelier iconique de Pucci de Rossi, conçu au sein même de la fonderie, à la texture unique, brute, symbole de la collaboration créative qui unissait Ardi et les designers.

Vue d'exposition.

Au premier plan : moule en acier de Colin, Ronan Bouroullec, 1992.
Jojo est un décapsuleur, un bonhomme jovial accoudé au comptoir d'un café. L'objet paraît simple, il ne l'a pas été : les premiers exemplaires, entièrement en aluminium, cédaient sous la pression des capsules. Il a fallu y glisser une minuscule dent d'acier. La Tour Prend Garde est un cendrier en forme de tour de château fort, la muraille que Kristian Gavoille a dressée entre lui et la cigarette.

Le Cri, Pucci de Rossi, 2009.
Refonte dévoile aussi ce qui se montre peu, l'envers du décor, l'atelier, les outils, les procédés. Car une pièce Ardi est avant tout le fruit d'une maîtrise et d'un savoir-faire d'exception. Découvrir la fonderie qui la fait naître ; sentir le sable, l'acier, l'aluminium en fusion ; admirer la main qui polit — ce sont précisément ces techniques immuables qui nous ont fascinés.

Vue d'exposition.
Refonte révèle enfin ce qui existera demain : un mobilier retrouvé, encore en prototypage, et pensé pour de petites séries. Une façon d'affirmer que l'histoire d'Ardi continue de s'écrire, dans le même atelier, avec la même exigence.

Servantez II, Kristian Gavoille, 1992.

Limbo, Eugène Brunelle, 1988.
Servantez II et Limbo ont très peu circulé. Presque absentes des archives, ces deux pièces sont des vestiges de la maison : il a fallu retracer leur histoire, remettre les éléments bout à bout, pour pouvoir les ressortir. Eugène Brunelle, designer américain passé par l'Ecole Nationale Supérieure des Arts Décoratifs (ENSAD), comme beaucoup d'autres, dessinait pour Ardi à la même époque. Les originaux étant extrêmement rares, nous avons réalisé ces prototypes en collaboration directe avec les designers, avec de nouveaux fournisseurs, pour les adapter au marché d'aujourd'hui.
Les rééditions ne sont qu'un premier chapitre. Ardi va désormais éditer de jeunes designers, sur des pièces nouvelles. C'est ce que faisait la maison à ses débuts : ouvrir l'atelier à de jeunes créateurs, comme Ronan Bouroullec, alors élève de Kristian Gavoille. « On osait tout, on ne refusait rien », se souvient Kristian Gavoille. Ardi veut que cet espace existe de nouveau. Reprendre le geste, c'est aussi reprendre celui-là.

Vue d'exposition.

Au second plan : Jojo & Bron-Ir-Or, en finition grenaillée.